Une nouvelle théorie de la pensée : la coalescence.

 

 

Prologue :

 

Conscient et inconscient sont spécifiques à chaque individu, Mais il existe un fonctionnement intégré de la pensée commun à l'espèce, Toutefois ce fonctionnement intégré se subdivise en deux mondes : le monde infra-émotionnel et le monde macro-émotionnel qui ne recouvrent pas la subdivision conscient-inconscient spécifique. Dans le monde de la physique, les interactions du subatomique ne sont pas les mêmes que les interactions du monde sensible et pourtant le premier explique le second. De la même façon les interactions qui régissent l'infra-émotionnel ne sont pas celles du macro-émotionnel et le premier pourtant explique le second.

 

Introduction :

L'esprit, la pensée, sont les moyens de la connaissance, en revanche la connaissance ne sait pas ce que sont l'esprit, la pensée. De tous temps l'homme se demande ce qui lui permet de penser mais alors que toute connaissance commence par une définition, rien ne définit l'esprit, la pensée. Toute tentative de définition en ce domaine tourne autour de deux pôles : spiritualisme et matérialisme.

Le spiritualisme explique l'esprit par l'esprit : il ne définit rien et procède par inlassable redondance. Le matérialisme explique l'esprit comme le fantôme dans la machine, c'est à dire compare le système neuronal à un ordinateur. Sauf que l'ordinateur ne pensera jamais au sens de la pensée car il n'éprouve pas d'émotions. Et il n'éprouve pas d'émotions parce qu'il ne possède pas de corps organique, il n'est pas un système psychosomatique. Si même on parvenait à créer un ordinateur doté d'un système neuronal et d'un corps organique, on aurait recréé un être pensant, ce que nous sommes déjà, c'est à dire un être doté de sentiments, de liberté selon nos critères, tout sauf un robot à notre service.

Parler de plasticité du cerveau n'explique pas davantage la pensée, le « Comment çà marche...? . Certes, le fait que l'humain mette le cinquième de sa vie à devenir adulte implique que le système neuronal dispose d'un temps assez long pour se former et se spécialiser...Ce qui ne vaut pas explication.

Puis apparaissent des interprétations abusives : prétendre que l'animal pense c'est comme dire que l'homme vole parce qu'il saute à deux mètres de hauteur. Il y a du vrai là-dedans, mais si peu. Or le propre d'une définition est de ne pas tolérer la confusion. La définition de la pensée doit suivre les mêmes impératifs. Où alors autant dire que l'on ne sait pas ce qu'elle est et admettre que l'on philosophe, que l'on raisonne sans avoir la moindre idée du pourquoi ni du comment, de qui ou de quoi pense en nous, peut-être du fait d'une pulsion ou de modalités qui nous échapperaient. Savoir ce qu'est la pensée n'est pas la même chose que connaître son contenu : la voie serait alors ouverte à l'établissement d'une police, d'un contrôle de la pensée. Or la pensée, et son support psychosensoriel, figurent probablement les objets les plus complexes de l'univers. Et bien des raisons nous donnent à penser qu'aussi loin puissions-nous aller dans la connaissance des processus de pensée, il se trouvera toujours des inconnue au bout du bout de la compréhension.

Reste qu'un minimum de savoir sur la pensée doit commencer par une définition. Et que la définition d'une définition est d'amener une notion nouvelle à l'aide de notions déjà connues et définies. Ce que ne font ni le spiritualisme, ni le matérialisme, ni le concept de plasticité, et encore moins les interprétations abusives. Il faut donc commencer par expliciter des notions déjà connues susceptibles de conduire à une définition satisfaisante et sans confusion, de l'esprit, de la pensée. De la même façon on ne peut pas définir un objet, la mémoire par exemple, par le recensement de toutes ses manifestations, ce qui ne vaut ni explication, ni concept se refermant sur lui-même en réciprocité. De même que l'esprit ne se définit pas par l'esprit, ni la pensée et vice-versa, la vision mécaniste n'autorise pas par exemple un démontage qui partagerait notamment la mémoire en mémoires procédurale, épisodique, déclarative, explicite, sémantique etc... C'est en quelque sorte vouloir la définir par son contenu que de multiplier ses catégories. Bien au contraire la mémoire doit se concevoir non seulement comme un système intégré, accomplissant ces diverses tâches, mais intégré lui-même à l'ensemble de l'activité psychosensorielle. Dire qu'à l'examen expérimental d'une aire neuronale dédiée à telle tâche, cette aire est le siège exclusif d'une fonction, comme si elle existait indépendamment du reste d'un cerveau déconnecté conduit à des erreurs d'interprétation,comme le fut l'ancienne bosse des maths et empêche de concevoir comme un tout insécable l'ensemble des fonctions psychiques intégrées et ses effets. Une définition de la mémoire ne peut que découler de la définition de l'ensemble psychique et cognitif pris comme un tout (puisque la mémoire c'est aussi de la connaissance, de l'attention, de la représentation, de la conjecture...), et capable d'expliquer non seulement toutes les autres fonctions telles que l'intuition, la rationalité, la raison, le jugement, le rêve... mais aussi la base de tout comportement.

L'animal éprouve des émotions, possède une mémoire, on peut même confondre son indubitable intelligence avec une pensée. Certes, mais tout ceci n'a aucune commune mesure avec les capacités humaines. C'est donc qu'au cours (au long cours) de l'évolution des espèces intervient un ensemble mutant adaptatif très précis qui l'explique. On ne s'étonnera donc pas que l'explication de la pensée ait recours aussi souvent que nécessaire à celle du psychisme animal, puisque aussi bien nous en sommes les descendants, nous le prolongeons en quelque sorte,

 

 

 

L'émotionnel :

 

 

Toute interaction neuronale est émotionnelle, c'est à dire psychosomatique. Il fait bien concentrer l'attention sur ce fil conducteur de logique. Le système émotionnel se constitue de l'interaction entre des stimuli, externes ou induits, qui impriment leur trace organique spécifique dans le système mental biologique et l'ensemble du corps. Ceci est vrai pour tout système émotionnel, soit-il celui d'un animal ou d'un humain.

L'interaction synapse-dendrite correspond à un état somatique « et » émotionnel, mais une émotion n'est pas nécessairement ressentie, peut même n'être pas identifiée par l'activité consciente. Il faut ici se donner une échelle des grandeurs. Prélevons sur l'horloge une seconde pour la diviser autant qu'il se peut. Il y a dix ans, on aurait dit que la plus petite parcelle de temps mesurable s'exprimait par 32 zéros après la virgule. Au-delà, on n'avait plus aucun moyen de mesure, il n'y avait plus rien. Sauf que ce rien était quelque chose : la preuve, on mesure aujourd'hui le temps à 43 zéros après la virgule. Et aujourd'hui encore, au-delà il n'y a plus rien sauf que ce rien est quelque chose. C'est moins que l'infiniment petit : c'est l'indéfiniment petit.

Idem avec la matière : on descend toujours, avec d'énormes difficultés conceptuelles (incertitude probabiliste, théorie des cordes, branes etc...) et à des coûts exorbitants en termes d'énergie, vers l'indéfiniment petit. Auquel par définition nous n'atteindrons jamais puisque nous nous trouverons toujours devant un rien qui est quelque chose.

C'est de cette manière qu'il faut aborder le psychisme, l'émotionnel,

Un état émotionnel peut être si ténu qu'il ne se traduise par rien de visible, de mesurable, d'identifiable : un échange glutamate dans l'interaction neuronale passe inaperçu de la conscience, Pourtant cet événement somatique implique un état émotionnel. En somme, seul le macro-émotionnel est à notre portée mais il émane de tout cet infra-émotionnel qui nous échappe à jamais. Il est donc exclu de lire dans le système émotionnel à livre ouvert. Cependant il reste acquis que ce système infra-émotionnel a son siège dans l'infrastructure psychosomatique et qu'il est en lien avec l'interaction d'infra-stimuli externes ou induits avec le système somatique. Au départ, chez l'animal, un stimulus externe ou induit inscrit sa trace spécifique électrochimique dans le système neuronal (qui se prolonge en moelle épinière formant un ensemble nerveux) lequel provoque une réaction réflexe, ou acquise, ou génomique selon l'espèce et sa spécialisation. Cette interaction est dite psychosomatique. Aussi rudimentaire soit-il (relativement), le cerveau comporte des milliards de neurones (ensemble fonctionnel de neurones, synapses-dendrites, neurotransmetteurs glutamate-ions magnésium, polarisation-dépolarisation...), reliés par des millierds de milliards d'interconnexions, ce qui laisse un chiffre indénombrable de possibilités de traces neuronales spécifiques pouvant répondre à des dizaines de stimuli et d'interactions par seconde. Sans parler des interactions encore inconnues.

Ceci pour dire qu'un système émotionnel est autre chose que ce qui sert à ressentir la colère, ou la peur ou tout autre macro-sentiment. Il est sans cesse en mouvement dans l'infiniment petit et à chaque seconde. Mais quelque chose a fait que l'interaction psychosomatique n'est pas de même degré, ampleur ni finesse chez l'animal et chez l'homme. Dans la nature, chaque espèce a développé une spécialisation pour mieux répondre aux exigences de son adaptation au biotope.

L'être humain ne fait pas exception à la règle et a développé un système psychosomatique, c'est à dire émotionnel, sans commune mesure avec celui de son ancêtre animal, de la même façon que l'oiseau a développé ce système inouï qu'est la faculté de voler, de vaincre la pesanteur à partir de simples moignons, ou encore le chien en spécialisant son odorat par la multiplication concomitante de capteurs reliés à un système psychique capable de les traiter.

Cette capacité psychique inédite développée par l'humain est la faculté de ''coalérer'' des empreintes neuronales, ou ''psycho-coalescence, en lien avec son émotionnel. Autrement dit l'homme a enrichi et développé sa capacité émotionnelle ainsi que son degré de finesse comme aucun animal ne l'a fait avant lui.

 

La coalescence émotionnelle :

Il faut d'abord expliciter simplement ce qu'est le principe de coalescence ( de alere : nourrir), par une image : une plante se nourrit du sol, et la décomposition de son feuillage nourrit le sol en retour.

En réalité le processus est infiniment plus complexe, la plante puisant par exemple des sels minéraux et rendant, par l'action des organismes décomposeurs, de la matière organique ? Mais c'est l'image que l'on retiendra pour l'instant sans entrer dans les stratégies symbiotiques. Coalérer c'est l'interaction qui consiste à se nourrir mutuellement. La plasticité du cerveau, censée expliquer les performances mentales humaines, ne justifie pas tout puisque le très jeune enfant, avant même que la plasticité ait produit tous ses effets, est capable d'une sensibilité émotionnelle exponentielle de type coalescent.

La faculté de coalérer fonctionne, dans le psychisme, et pour rester simple, selon le schéma de principe suivant : soit un tableau noir (ou un écran) figurant le réel, sur lequel sont tracées deux lignes : une ligne droite et une ligne brisée, figurant des stimuli du réel. Soit un psychisme, neuro-émotionnel, qui l'observe. La condition émotionnelle est nécessaire mais suffisante pour que se déroule le processus de coalescence, une fois élaborée cette faculté dernière.

Les deux lignes, droite et brisée, agissant comme stimuli du réel, impriment leur trace électro-chimique dans le système neuronal, c'est à dire infra-émotionnel par le neuro-somatique, via les organes sensoriels, système neuronal infiniment complexe capable d'enregistrer des milliards de traces électro-chimiques et de les traiter en nombre d'interactions par seconde, soit une quantité indénombrable et une capacité de même ampleur. Ces deux traces neuronales, correspondant à « droite » et « brisée », ou empreintes biochimiques neuro-émotionnelles, interagissent par la faculté de coalescence pour induite (nourrir) une troisième trace réellement buiochimique, qui correspondra par exemple à la configuration d'une ligne courbe, objet mental et donc émotionnel agissant comme nouveau stimulus induit, c'est à dire ne provenant pas et n'existant pas dans le réel.

L'interaction coalérante se poursuit sur la base de deux empreintes réelles correspondant aux deux stimuli d'origine (droite et brisée) du réel, et de la troisième empreinte réelle de l'objet mental induit non-réel (ligne courbe, sinusoïde...) pour donner par exemple le cercle, quatrième objet mental induit, dont l'empreinte biochimique est réelle mais qui n'existe pas dans le réel, et correspondant toujours à un état neuro-émotionnel. Ce schéma de principe décrit ce qui se passe en continu dans le psychisme émotionnel, qui « conçoit », nourrit des objets mentaux neuro-émotionnels réels. Chaque nouvelle interaction coalérante s'accompagne dans le psychisme infra-émotionnel d'une nouvelle configuration biochimique correspondant à un nouvel état psycho-somatique. Il ne s'agit ici bien entendu que de schéma de principe, aussi éloigné de la pensée que peut l'être de l'univers la structure atomique.

L'infra-émotionnel correspond aux états émotionnels inconscients et ne pouvant pas accéder au conscient pour cause de ténuité. Le macro-émotionnel correspond aux états émotionnels inconscients mais pouvant devenir conscients, et aux états conscients. La pensée commence à se manifester « dès » l'inconscient ne pouvant pas devenir conscient. En fait, il y a toute une zone de la pensée qui pense sans que nous puissions en être conscients.

Les objets abstraits sont des objets concrets par leurs traces biochimiques neuro-émotionnelles, et qui donnent lieu à représentation. On explique là le début de l'imaginaire, par exemple la faculté mentale ubiquitaire qui consiste à considérer l'objet mental « soi » en un autre lieu ou d'une autre lieu, et l'émotionnel animal demeure, faute d'aptitude à la psycho-coalescence, bien en-deçà d'un effet aussi massif qui peut imaginer le théorème de Thalès. Par cette faculté, qui tient en quelque sorte à une hypertrophie génomique de la capacité émotionnelle, on dispose de l'outil qui servira à expliquer l'ensemble de la fonction mentale et on peut déjà avancer une définition partielle de la pensée : c'est l'effet infra-émotionnel qui utilise la faculté psycho-coalescente génomique (hypertrophie émotionnelle) pour multiplier exponentiellement et à raison de plusieurs interactions par seconde des empreintes électrochimiques neuro-émotionnelles correspondant à des objets mentaux, en un foisonnement d'autres objets mentaux induits et abstraits qui agissent à leur tour comme stimuli de nouvelles empreintes d'états neuro-émotionnels nouveaux.

 

Emotion et rationalité :

 

On a l'habitude d'opposer émotion et rationalité. Pour être rationnel, il faudrait inhiber ses sentiments, réputés irrationnels. Rien n'est plus faux en réalité, c'est une question de formatage : le système psychique est strictement émotionnel, et rien d'autre. Il suffit à expliquer, psycho-coalescence advenue, tout le processus mental et comportemental. Alors, comment la rationalité vient-elle à l'émotion ?

Le cerveau animal (son psychisme),dont le nôtre est une forme évolutive, est par essence émotionnel. Le psychisme animal étant émotionnel, le comportement qu'il induit est pourtant rationnel, c'est à dire digne de raison, et cependant l'animal ne pense pas, ou si peu. On peut dire que l'évolution-adaptation a sélectionné en lui une forme de rationalité de type génomique, tout à fait en phase avec un mode émotionnel au point de donner le sentiment (émotion) que le monde pense, ou est pensé. En réalité, c'est l'évolution et l'adaptation qui produisent cet effet de cohérence tout simplement parce que l'incohérent ne survit pas, n'existe pas. C'est à dire qu'un psychisme strictement émotionnel est nécessaire et suffisant à produire un effet de cohérence, ou de ce que nous appelons aussi raison. Sauf que rien n'y est raisonné au sens de pensée.

L'émotion est l'effet psychosomatique de type stimulus-réflexe. En outre, si le fait d'imaginer un geste ou de l'effectuer réellement requiert les mêmes structures neuronales, c'est bien que l'un comme l'autre induisent le même état émotionnel. Or chez l'humain, et par effet de psycho-coalescence qui le distingue de l'animal, le stimulus est à la fois d'origine externe sensorielle et d'origine induite, c'est à dire correspondant à une forte activité d'empreintes psychiques formées de façon massive par interactions neuro-biochimiques. Ces empreintes coalérées forment un type de stimuli induits qui élaborent l'abstraction c'est à dire les empreintes réelles d'objets mentaux qui n'existent pas dans le réel : l'imaginaire. Lesquels objets réels imaginaires (anstraits) impliquent que ces objets mentaux manquent au réel, constat qui aura des conséquences incalculables sur le comportement.

Mais la rationalité, autre que celle imputable à l'évolution-adaptation génomique n'est pas encore, à ce stade, venue au psychisme émotionnel. La production d'objets mentaux réels qui n'existent pas dans le réel suffit à expliquer l'abstraction mais pas la rationalité telle qu'elle peut s'observer dans le comportement humain et demeurerait une production incontrôlée, quasiment anarchique, d'objets abstraits, telle que l'on peut l'observer notamment dans l'imaginaire artistique et fantasmatique, qui reste du domaine de l'émotionnel massif. Il faut encore à la capacité de coalescence sans bride formant des représentations abstraites une forme de discipline et de discernement pour parvenir à faire le lien entre abstraction et réel. C'est à dire faire coïncider des objets mentaux réels qui n'existent pas dans le réel à ceux qui pourraient y être. C'est à dire encore qu'il faut pouvoir passer de l'émotionnel radical au rationnel radical, bien que les deux, loin de s'opposer, soient en réalité consubstantiels, indissociables.

Le problème en effet est que ce que nous appelons rationnel radical, comme par exemple un pur raisonnement mathématique, est encore un effet pur de l'émotionnel. Il n'existe pas dans le cerveau deux circuits différents, l'un dédié à l'émotion, l'autre à la raison, étanches et cloisonnés. Il s'agit en réalité en réalité d'une simple (si l'on peut dire) formatage;

Notre psychisme, émotionnel, observe depuis sa naissance un réel (et quoi d'autre !) cohérent. Causal. Dans lequel tout a une raison, une cause, qui dure, perdure (les faits sont têtus), évolue, qui résiste même à tous nos objets mentaux. Je puis conjecturer l'objet mental « absence de mur », si le mur est là, auquel je me cogne, il faudra autre chose que l'objet mental de son absence pour le faire disparaître. Entre la production émotionnelle d'objets mentaux réels qui ne sont pas dans le réel, et leur réalisation, il y a justement le réel et ses constantes. Que nous expérimentons. On peut même formuler des rationalités qui n'en sont pas : « Alors que je suis immobile, le soleil tourne autour de moi. Donc le soleil tourne autour de la terre ». De fait, je manque alors d'information sur le réel. C'est que la rationalité ne vient pas de la seule et simple observation du réel. Peut-on dire alors que la fausse interprétation relève de l'émotionnel, et la vraie du rationnel ? Ce qui se passe dans le psychisme reste indissolublement lié à l'émotionnel, mais un émotionnel qui aurait pris des leçons, qui se serait formaté selon des règles.

A la fréquentation constante du réel, l'émotion acquiert un sens, c'est à dire une sensibilité, le « sens du réel ». Qui peut être assimilé à une esthétique. Par exemple : si je vois une colonne posée bien droite sur le sol, en l'absence de vent « je sens bien » qu'elle peut tenir debout. Si au contraire elle penche, « je sens bien » qu'elle tend à tomber du côté où elle penche. Ce « je sens bien » empirique (dont il faut souvent se méfier) est la marque d'une forme émotionnelle esthétique à laquelle je suis formaté par un minimum d'expérience, et ce depuis ma prime enfance. J'ai beau ne pas savoir lire, ni écrire, ne pas être éduqué ni cultivé, je sens bien que la colonne penchée n'est pas viable en son état, en tous cas selon mon sentiment esthétique, mon expérience de la forme. Cette forme empirique du sentiment va me guider et privilégier la coalescence d'objets abstraits jusqu'à ce que je sois capable de former des objets mentaux, des abstractions telles que la verticale, l'horizontale, l'angle de 90° , ou la constante gravitationnelle, objets auxquels mon formatage incessant du rapport au réel continuera d'appliquer mon sentiment esthétique.

Les mathématiques pures sont ainsi le fruit d'une émotion esthétique appliquée à l'abstraction coalérée (celle qui précisément manque à l'animal). Ce formatage empirique émotionnel et esthétique constitue le lien qui permet le passage de l'émotionnel pur et radical, au rationnel pur et radical qui consiste en la fréquentation assidue et toujours émotionnelle des théorèmes et exercices de la pensée rationnelle. De l'avis de tout mathématicien, les mathématiques constituent une forme émotionnelle de beauté (esthétique) rationaliste.

Par conséquent, il faut et il suffit d'un émotionnel enrichi d'une capacité de coalescence pour justifier et expliquer une activité psychique rationaliste sans autre intervention d'aucune sorte, si ce n'est un formatage esthétique. L'animal possèderait aussi bien cet émotionnel esthétique sauf qu'il n'est pas en mesure d'en coalérer des abstractions.

 

La frustration différentielle :

La faculté de coalérer des objets mentaux réels (représention) qui n'existent pas dans le réel aboutit à créer deux types d'objets mentaux :

    Les objets mentaux réels (réels par leur trace neurale) abstraits (issus de stimuli du réel), par exemple la chaise. Cette chaise réelle n'entre pas dans le cerveau, mais seulement la trace réelle de son objet mental.

    Les objets mentaux réels (par leur trace neurale) abstraits (issus non du réel mais d'une induction coalescente). On peut faire advenir ces derniers au réel en fabriquant la chaise. Ce qui témoigne d'un manque au réel, ce manque étant comblé par la fabrication

Le processus exactement inverse se produit aussi, par exemple le mur existant dans le réel et qui ne devrait pas y être, par production mentale de l'objet réel mental de l'absence de mur.

Entre l'objet mental réel du réel et l'objet mental réel abstrait existe un différentiel d'émotion. Prenons l'exemple plus parlant de diamants dans la vitrine du joailler. L'état émotionnel est très différent entre l'objet mental réel du réel « diamants dans la vitrine » et l'objet mental réel abstrait « diamants dans ma poche » (un parmi les plus rémanents coalérés). Dans le second cas, je peux envisager de transformer les « diamants dans ma poche » en cadeau ou compte d'épargne. La charge émotionnelle étant très différente selon la représentation de l'un ou de l'autre de ces deux objets mentaux, il existe entre eux ce que l'on peut appeler un différentiel de charge émotionnelle. Ce qui rappelle un peu l'image de la batterie : le différentiel de charge entre pôle + et pôle – est ce qui caractérise le potentiel d'énergie électrique.

Cette image peut servir à concevoir le différentiel de charge émotionnelle entre deux objets mentaux, celui de l'imaginaire et celui du réel, comme « énergie psychique ».

C'est de cette manière, sous forme d'énergie psychique, que se conçoit la frustration (d'où naîtra dans le macro-émotionnel le désir). Frustration par excès dans le cas d'un objet mental réel abstrait qui n'existe pas dans le réel, par défaut dans le cas d'un objet mental réel abstrait d'absence au réel de ce qui y est. C'est un différentiel de charge, que l'on appelle frustration, qui crée l'énergie psychique, laquelle sera utilisée, dépensée dans le but de diminuer l'intensité de ce différentiel qui installe une instabilité émotionnelle.

La faculté de psycho-coalescence produit donc exclusivement et en continu, avec les objets mentaux abstraits, un manque au réel, une frustration par excès ou par défaut : c'est le début de la pensée, son acte fondateur, et cette frustration, différentiel d'émotion, qui n'est pas une disposition occasionnelle de l'esprit mais une constante, est la condition nécessaire et suffisante pour toutes les manifestations psychiques : rationalité, mémoire, entendement, intuition, réflexion, conjecture, jugement, raison, volition etc...

Ce processus différentiel de charge émotionnelle, ou de frustration, puis de pensée organisée, prenant naissance dans l'infiniment petit de la structure psychique, voire dans l'indéfiniment petit, il est inobservable à ce stade de son développement et reste du domaine du plus parfait inconscient, cependant on pourra en observer deux macro-manifestations et les comportements qu'elles induisent, très typiques de l'espèce humaine : la morale, l'altruisme. D'autre part cette frustration peut s'exprimer directement, ou par transfert à d'autres instances, telle la morale.

On peut néanmoins compléter la définition de la pensée : elle est l'effet d'un différentiel de charge émotionnelle, c'est à dire d'une frustration au réel, entre objets mentaux réels du réel et objets mentaux réel abstraits induits par la faculté de coalérer.

Il apparaît alors nettement que la seule et unique fonction du psychisme émotionnel est de produire par coalescence de la frustration par excès ou par défaut du réel : c'est la première manifestation de pensée, énergie psychique initiale, condition de toute autre manifestation.

 

Mémoire :

En tant qu'effet émotionnel, la mémoire suit le même processus d'élaboration que la pensée (y compris les objets mentaux abstraits) à ceci près que tout se joue sur l'intensité émotionnelle relative déterminant la rémanence, reprise par la faculté de coalérer chez l'humain. Prenons un exemple assez simple pour éclairer le processus : lors de la conduite d'un véhicule, les stimuli s'accumulent à mesure du chemin parcouru sous forme de traces faiblement rémanentes car faiblement émotionnelles, un détail par ci, un autre par là, suffisantes en tous cas pour d'une part laisser le souvenir au moins temporaire du déplacement et dresser une carte du trajet suivi, ou en référence à cette carte préalablement mémorisée lors de trajets précédents. La répétition du trajet renouvelle et renforce des détails émotionnels pré-mémorisés. On peut penser que la répétition réactive, actualise les mêmes « circuits neuronaux émotionnels. Mais si dans un virage un de mes pneus éclate, l'intensité émotionnelle change de registre : l'ensemble neural est requis par la nécessité génique de survivre. A la vitesse de nombreuses interactions par seconde les stimuli relatifs aux manoeuvres de rattrapage de la trajectoire du véhicule vont inscrire leur empreinte dans ses circuits et ces empreintes seront d'autant plus rémanentes que l'émotion aura été violente (parce l'ensemble neural est requis). Ces stimuli entrent en coalescence avec le contenu général du psychisme (c'est la raison pour laquelle, chaque psychisme expérimental étant différent, chacun perçoit et interprète le réel à sa façon). Mais on sait que le psychisme humain est préférentiellement formaté à la rationalité. Donc plus tard, la mémoire, c'est à dire la part émotionnelle rémanente, peut se trouver réactivée par un simple mot, « accident », ou par une image, ou par tout autre stimulus parfois très éloigné par le sens, ou encore par un état émotionnel similaire à ce qu'il fut au moment de la crevaison. Par ce formatage au rationnel, ce sont des images, des représentations rationnelles qui vont être réactivées et pas seulement celles de la frayeur qui pourtant dominait : la mémoire restituera alors un état émotionnel rationalisé, par exemple porteur de l'image « pneus sous-gonflés », la frayeur s'étant estompée au profit d'une causalité moins paniquante. La mémoire est un effet neuro-émotionnel réactivant de rémanence modifiée à la fois par l'activité de coalérer et le formatage à une esthétique de rationalité. Je me remémore parce qu'un état émotionnel actuel en réactive un autre, préexistant. Il peut même arriver dans ces conditions de réactiver un faux souvenir, installé par un récit non localisable. Et si le choc émotionnel venait à être si violent ou l'état psychique du sujet si fragile ou instable que le processus de rationalisation ne puisse pas faire son oeuvre dans la mémoire au détriment d'autres sentiments, on se trouverait alors devant le cas d'installation d'un processus psychotique, d'une névrose. C'est ainsi que s'analyse une névrose, c'est un choc ou une succession de chocs émotionnels qui n'ont pas trouvé les chemins d'un sentiment – justifié ou non – de cohérence. C'est l'incompréhension, l'incohérence d'un événement choquant impossible à intégrer dans le formatage esthétique du sujet qui initialise un état de névrose.

On définit la mémoire comme l'effet d'une réactivation de traces psychosomatiques rémanentes par un stimulus émotionnel induisant un état émotionnel identique ou voisin de l'état émotionnel d'origine et empruntant des circuits psychosomatiques identiques ou voisins. Si l'état émotionnel réactivant est éloigné de l'état émotionnel remémoré, c'est que l'activité coalérante a opéré le lien de mémorisation grâce aux images ou objets mentaux qu'elle induit. Par exemple le mot « mort » est sémantiquement très éloigné du mot « pneu ». Mais l'activité coalérante a un large domaine d'action émotionnelle, malgré ses voies préférentielles, pour créer un lien mémoriel.

 

Attention. Conscience :

L'attention est la capacité génique émotionnele des espèces, sélectionnée par l'évolution-adaptation, en vue de répondre à un stimulus, par exemple le signal d'alerte, qui tend à la conservation de la vie et sa reproduction. Chez l'humain, l'attention est transformée par la faculté de psycho-coalescence et peut ainsi se porter sur des objets mentaux abstraits.

Mais l'attention n'est pas simultanée, elle est consécutive, quitte à opérer par allers-retours rapises d'un objet à l'autre. On ne peut par exemple résoudre un problème d'échecs et mémoriser des mots dictés à l'oreille en accomplissant correctement ces deux tâches à la fois. En effet, une attention simultanée à plusieurs objets, et par extension à l'ensemble des objets, eût été au-delà des nécessités du maintien de la vie. En revanche le mode consécutoire rapide associé à la capacité de synthèse émotionnelle suffit à traiter, en apparence simultanée, des objets divers. C'est même pour cette raison que la conscience est conscience « de » quelque chose. On peut donc définir la conscience « de » comme le point focal et momentané de l'attention.

La conscience en général, le fait d'être un être conscient, relève du même effet appliqué à un ensemble inné-acquis. La querelle inné acquis fait long feu dès lors que l'on considère l'innéité génomique humaine comme la capacité d'acquérir une culture et la culture comme le moyen incontournable pour l'innéité génomique de s'exprimer. En effet un être totalement coupé du monde culturel humain (non formaté au socio-culturel), par exemple l'enfant perdu en bas âge et survivant au milieu des loups, ne peut acquérir la station debout, le langage articulé, ou tout autre effet culturel. Par conséquent l'inné étant la condition du culturel, et le culturel la condition de l'expression génique, leur produit émotionnel est consubstantiel comme l'eau mêlée de vin. Ainsi le fait d'être un être conscient n'implique-t-il plus un point focal et momentané de l'attention mais un mode émotionnel général en lien avec l'ensemble innato-culturel coalescent. Il va de soi que la fréquentation assidue d'un formatage émotionnel à la rationalité aide considérablement à l'établissement de ce mose conscient général si l'homme s'observe lui-même comme objet du réel. La conscience de soi consiste à se prendre soi-même comme objet mental abstrait, ainsi que l'autorise la faculté de coalescence.

 

Energie psychique de frustration différentielle et pulsion de domination :

La frustration différentielle par excès ou par défaut au réel pourrait se résumer à l'image mentale suivante : « Le monde ne va pas à mon idée. Pour qu'il aille à mon idée, il faut que j'impose cette dernière » . Le « monde » étant pris pour les objets mentaux réels du réel et « mon idée » pour les objets mentaux réels abstraits coalérés, source de frustration. Qu'il faut donc faire advenir au réel pour diminuer le niveau de charge émotionnelle. C'est ce processus émotionnel, naissant dans l'infra-émotionnel et pouvant sous certaines conditions d'intensité parvenir au conscient, qui fait que j'agis sur mon environnement, que j'en prends possession, pour le faire advenir à mon idée, beaucoup plus qu'une supposée volonté de puissance surgie on ne sait d'où et composante exclusive du génique. Chez l'animal, le comportement égotique est une simple nécessité de survie, chez l'humain il est repris par l'activité coalérante dès le stade infra-émotionnel de la frustration, se développe envers tout obstacle, et se gère dans le formatage émotionnel esthétique spécifique à chacun.

Or mon « idée » rencontre à coup sûr l'opposition dans le monde de mes semblables pour la même raison réciproque de frustration différentielle. C'est ce qui donne au monde humain cette sorte d'inconciliable compétition à tous niveaux : de tous contre tous, de classes contre classes, de catégories contre catégories...le tout s'inscrivant dans une pulsion générale de domination (faire dominer mon idée, ma pensée, quelle qu'elle soit). L'humain en paix avec le monde n'existe pas, est une impossibilité ontologique pour cette seule raison de coalescence. L'humain coalescent au paradis serait en enfer.

La rhétorique est son outil (coalescent) privilégié au service de cette pulsion, il donne l'exemple par la morale, l'éthique, émanations privilégiées de cette impossibilité d'être au monde sans conflit. Pourquoi en effet une morale si tout allait à ma convenance...convenance de mes objets mentaux abstraits ! Si j'édicte, ou confirme, ou rappelle une règle morale, c'est que son application me frustre, directement ou indirectement, par excès ou par défaut. La morale emprunte même des chemins insoupçonnés de la sincérité : par exemple l'altruisme.

L'altruisme implique toujours, outre le sujet et l'objet d'altruisme, un tiers qui observe ou est censé observer, omniprésent quelle que soit la forme qu'il revête, y compris théorique. C'est à l'attention de ce dernier que se déroule la comédie (sincère dès l'infra-émotionnel) de l'altruisme qui lui signifie : « Vois la leçon de morale, l'exemple que je te donne » et qui vaut domination par les idées. Pourquoi cette pulsion de donner une leçon au tiers théorique...quitte à oublier l'instant d'après l'objet d'altruisme (la Somalie, le Tsunami, les pauvres, les immigrés...) sinon pour instaurer sa propre domination morale ? Cette pulsion est le fin mot de l'histoire, de la comédie humaine : « Je suis altruiste, humaniste, et par ce dépassement même à l'humanité, considérée comme fin, j'entends exercer la domination ultime, indépassable ». Sauf que je n'en suis pas conscient, pris dans les rêts de ma frustration.

Il restera alors à régler les conflits d'humanisme, d'altruisme, car nul n'en a strictement la même idée. Le dépassement n'a pas de borne, parce que n'en a pas non plus la coalescence.