Jérôme Kerviel, le trader de la Société
Générale soupçonné de falsifications
à l'origine de l'une des plus grandes pertes de
l'histoire de la finance, saura mardi s'il est ou non remis
en liberté par la chambre de l'instruction de la cour
d'appel de Paris.
La décision sur une éventuelle remise en
liberté, sollicitée par ses avocats, a
été mise en délibéré au mardi 18
mars à 09H00, a précisé une source judiciaire.
La durée de détention de Jérôme Kerviel,
incarcéré depuis le 8 février à la
maison d'arrêt de la Santé à Paris, ne peut
légalement excéder une durée de 4 mois.
Me Jean Veil, avocat de la Société
Générale, et Me Elisabeth Meyer, avocate du
trader, se sont refusés l'un et l'autre au moindre
commentaire, à l'issue de l'audience qui s'est
déroulée à huis clos pendant deux heures.
"La qualité des débats a été bonne de
part et d'autre", a expliqué à la presse
à la sortie de l'audience Me Jean Reinhart, un des
avocats de la Société Générale.
Selon lui, Me Meyer "a expliqué (lors de l'audience)
que la détention de son client n'était plus
nécessaire étant donné l'état
d'avancée du dossier".
Le trader a déjà été auditionné
quatre fois et confronté à deux reprises à
ses anciens supérieurs hiérarchiques par les juges
Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset, chargés
de l'instruction.
"Je me tiendrai toujours à la disposition de la
justice", a réaffirmé lors de l'audience
Jérôme Kerviel, selon une source proche du dossier.
Avant l'audience, la défense du trader avait notamment
indiqué qu'elle évoquerait les éléments
nouveaux apparus dans l'audit interne de la
Société Générale du 20 février, qui
seraient, selon elle, favorables à son client.
Cet audit "explique qu'il n'y a pas eu de
détournement de fonds, que Kerviel n'avait pas de
complice et qu'il n'y a pas eu d'intrusion de sa part dans
le système informatique", a souligné
Christophe Reille, conseiller du trader.
La défense a
également souligné que
Jérôme Kerviel avait déjà reçu une
offre d'emploi chez l'expert informatique qui l'avait
hébergé au début de l'affaire, ce qui
garantirait sa réinsertion à sa sortie de prison,
selon une source proche du dossier.
Les parties civiles ont de leur côté relevé
qu'il restait "beaucoup d'actes d'instruction
nécessaires à la manifestation de la
vérité, comme des perquisitions et des
confrontations", a résumé Me Reinhart, qui a
également déploré que le trader ne soit pas
dans "une démarche de rédemption, de
reconnaissance (des faits, ndlr)".
Selon lui, quelque "1.024 écritures fictives ont
été passées par M. Kerviel et, avec toute la
volonté du monde, il n'est pas possible de les
décoder de façon systématique". "Pour
cela, on a besoin de temps", a martelé Me Reinhart.
Les parties civiles ont également fait valoir que le
maintien en détention du trader, devenu
célèbre dans le monde entier, pouvait permettre de
"le protéger" de la pression médiatique.
En cas de remise en liberté, "la pression sur lui
va être importante", a-t-il ajouté reprenant
un argument avancé au début de l'affaire par le parquet.
Le parquet général avait annoncé jeudi qu'il
demanderait le maintien en détention provisoire de
Jérôme Kerviel, arguant notamment des
"nécessités de l'instruction puisque les actes
d'investigation se poursuivent".
"Il faut veiller à préserver toutes les preuves
utiles à la manifestation de la vérité et
empêcher toute concertation frauduleuse", avait
expliqué sa porte-parole, Ulrika Weiss.
Dans ses réquisitions, le procureur général a
comparé à l'audience la perte subie par la
Société Générale (4,9 milliards d'euros)
à la disparition de "cinq centrales
nucléaires", a rapporté une source proche du dossier.